Au Japon, l’art d’assaisonner ne se limite pas à quelques pincées de sel ou de sucre. Les épices jouent un rôle fondamental dans la subtilité des saveurs nippones. Mais lesquelles ont réellement conquis le cœur des Japonais ? Une enquête récente a levé le voile sur les préférences épicées de l’archipel.
Le poivre en tête des assaisonnements
Parmi les 1 100 participants âgés de 20 à 69 ans interrogés, c’est le poivre qui arrive largement en tête avec plus de 40 % des voix. Une surprise pour certains, tant cette épice noire n’est pas toujours associée en premier à la gastronomie japonaise. Pourtant, il trouve parfaitement sa place dans de nombreuses recettes, de la soupe miso revisitée au simple bol de riz blanc rehaussé d’une touche piquante.

Juste derrière, le gingembre récolte un solide 36,6 %. Incontournable du fameux buta no shôgayaki — le porc sauté au gingembre — il est aussi largement utilisé pour ses propriétés réchauffantes. D’ailleurs, une amie japonaise m’avouait récemment préparer chaque hiver un thé au lait agrémenté de gingembre râpé pour lutter contre le froid. Un remède de grand-mère efficace et, avouons-le, délicieux.
Le podium est complété par le wasabi, cette pâte verte qui accompagne sushis et sashimis avec une puissance aromatique qui ne laisse personne indifférent. Plus de 34 % des sondés déclarent en raffoler, même en dehors des traditionnelles bouchées de poisson cru.
Un goût pour les saveurs japonaises traditionnelles
Au-delà de ces têtes d’affiche, l’étude souligne l’attachement des Japonais à leurs mélanges locaux, en particulier le shichimi tôgarashi, ce mélange de sept épices très populaire, et son cousin plus simple, l’ichimi tôgarashi (uniquement du piment moulu). Ces assaisonnements, souvent saupoudrés sur les nouilles ou les soupes, séduisent près de 28 % des participants.
En revanche, le sanshô — une sorte de poivre japonais au parfum citronné, souvent utilisé sur les anguilles grillées — reste plus discret, n’étant cité que par 6 % des sondés. Pourtant, son goût unique mériterait sans doute davantage de reconnaissance, notamment auprès des jeunes générations.
Les motivations derrière l’usage des épices
Pourquoi les Japonais aiment-ils tant les épices ? Près de 40 % expliquent les utiliser avant tout pour rehausser la saveur des plats. D’autres (27 %) avouent tout simplement apprécier depuis toujours les plats épicés, tandis qu’une partie non négligeable (20 %) les emploie comme assaisonnement régulier dans leurs préparations.
Une curiosité intéressante ressort de l’enquête : les femmes semblent davantage motivées par l’envie de donner du goût, tandis que les hommes déclarent plus souvent utiliser peu d’épices, une différence de près de 10 points dans les réponses. Une question de palais ? Peut-être. Ou tout simplement de culture culinaire différente au sein des foyers.

Des usages variés et personnels
Certaines réponses des participants illustrent bien la diversité des pratiques. Un jeune homme dans la vingtaine révèle ainsi son plaisir de déguster ses gyôza avec un mélange de vinaigre et de poivre. Un autre, quadragénaire, confie qu’il agrémente volontiers sa soupe miso d’une pointe de poivre noir. Quant à une femme dans la cinquantaine, elle partage sa recette hivernale : du gingembre dans un thé au lait sucré pour augmenter sa température corporelle — une astuce bien connue dans les régions plus froides du Japon.

Les épices, reflet d’une culture du goût
Cette enquête révèle finalement que les Japonais restent fidèles à leur héritage culinaire tout en intégrant avec aisance des influences internationales. Que l’on parle de poivre, de gingembre, de wasabi ou de shichimi, chaque épice raconte une facette de la gastronomie japonaise, où la recherche de l’équilibre et du plaisir gustatif reste au cœur des préoccupations. Une belle leçon d’harmonie des saveurs qui continue d’évoluer au fil des générations.

Marie Reynaud est rédactrice web spécialisée dans la cuisine japonaise, et plus particulièrement l’univers raffiné des sushis. Elle collabore avec des sites dédiés à la gastronomie nippone, où elle partage son expertise sur les techniques de préparation, les ingrédients traditionnels et les subtilités culturelles liées à cet art culinaire.

